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*Flash Back-Conférence 2005
*LA MURIDIYYA ENTRE L’HISTOIRE ET LA GEOPOLITIQUE ACTUELLE DE L’ISLAM
*PHILOSOPHIE DU TRAVAIL DANS LE MOURIDISME
*SERIGNE BASSIROU mbacke l
*Réflexions sur la ville sainte de Touba
*Cheikh Mouhammad Al-Bachir ll
*Cheikh Muhammad Mourtada M’backé .

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Rawdu-r-rayahin stands for an educated young men and women of the muridiya, who are willing and able to serve their community and promote peace, love and tolerance for a better understanding between the citizens of our beloved country SENEGAL . One must remember the anual trips that late cheikh MOHAMADOU MOURTADA MBACKE used to make to the united states of america, with peacefull speeches from the teachings of CHEIKH AHMADOU BAMBA MBACKE; the real national hero for senegal, and the masterpiece of a peacefull ISLAM accros africa and around the world . We do not have any other choice; but folowing this wonderfull steps in order to achieve a lasting peace evrywhere in this world . Our movement is not about leadership but (khidmat-ship) therefore, we accept different view points from different groups , but in a positive way, we do not accept any type of discrimination what-so-ever. so, let’s stick together as one and use our entire efforts in a comprehensive way to make the job done for a real human benefits. Peace and love. ........................ Abdou samath mbacke Modou faty khary ................. .....................e-mail: abdousamathmbacke @yahoo.fr

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LA MURIDIYYA ENTRE L’HISTOIRE ET LA GEOPOLITIQUE ACTUELLE DE L’ISLAM  La contribution que voici se veut un point de lecture de la problématique actuelle de l’espace islamique, sous le rapport des questions de société que génèrent notamment la crise de la vie humaine sur terre et les dysfonctionnements résultants. Elle procède, en outre, d’une relecture fonctionnelle de l’autorité du legs de notre bien-aimé Serigne Touba, legs original, considérable et extraordinairement efficace dans nos pratiques sociales actuelles. Par delà l’acte de magnification et de reconnaissance à l’égard d’une telle personnalité, par delà le devoir que lui doivent tout musulman et tout patriote sénégalais, cet essai se construira plus spécialement autour de quelques questionnements et centres d’intérêt révélant sans cesse la capacité contributive d’un patrimoine majeur par rapport à la réflexion sur les problèmes de société ou de développement. La Murriidiyya a marqué et continue de marquer en premier lieu la vie sénégalaise, dans sa complexité la plus préoccupante. Serigne Touba Cheikh Ahmadou Bamba est non seulement un symbole national et une référence centrale, mais encore l’incarnation d’un idéal d’adoration d’Allah et de perfection de la réalité concrète de l’homme, de la société et de la présence bienfaisante de l’Islam. De par l’excellence de sa formation, de son savoir, de sa sagesse et de la haute spiritualité qu’il a atteinte par le Soufisme et dont il a façonné l’Ordre qu’il a créé, il a jeté les bases et les normes d’une réforme multidimensionnelle. C’est à partir de l’idée centrale de cette réforme réussie qu’il conviendra de construire notre réflexion. L’esprit opératif en est un esprit de réforme conforme à la loi d’Allah et à la sunna de Seydina Mouhammed (PSL) : restauration de l’Islam pur (yessal diine) ,pureté de la foi, de l’adoration, de la soumission et de tout acte de bienfaisance. Le succès de cette réforme, au niveau du réel, sera l’articulation (et non la déconnexion) de la haute spiritualité et du travail humain au sens le plus général et à l’échelle multiple. La problématique de la pratique actuelle de la Muriidiyya s’inscrit fondamentalement entre l’éternité et l’historicité de la mission de Serigne Touba, l’esclave aimé d’Allah et serviteur privilégié du Prophète Muhammad (PSL. La face historique nous renvoie de façon plus insistante ce message comme une référence et un projet culturel d’envergure mondiale. A considérer comment Serigne Touba a marqué de façon emblématique le siècle précédent et comme il incarne l’espoir devant une accélération sans précédent de l’histoire, beaucoup de questionnements, d’ordre islamique ou non, confluent inexorablement vers son autorité, sa personnalité et la Muriidiyya. La Muriidiyya , précisons le tout de suite, s’entend comme l’ensemble des actes de foi, des idées, des sagesses, des écrits, des règles et des savoirs enseignés par Serigne Touba. La face historique nous envoie, en outre, ce message comme une mission réussie si l’on considère l’ancrage géopolitique émergente et accélérée de la communauté murrid que marque partout dans le monde entier le toponyme-inscripteur spatial Touba. Il paraît donc opportun de nous interroger sur les acquis et le potentiel d’initiatives heureusement conformes d’une communauté révélant tous les jours ses capacités d’organisation et de réponse aux crises et aux situations. Cette phase historique d’interrogations angoissées sur un inter-siècle nous incite plus que jamais à considérer de plus près ce que Serigne Touba nous a légué, sans nous attarder sur l’évènementiel ni sur l’hagiographie contemplative ;à nous recentrer sur sa pensée et son enseignement, lesquels ne font qu’un avec la révélation muhamédienne. Il y a là assurément une exigence de recherche et de résultat relativement à la vie et à l’avenir de la Muridiyya en tant que communauté organisée et dynamique ; à l’étude et à la diffusion de la pensée de Cheikh Ahmadou Bamba, notamment le sens, les concepts et les méthodes ; à l’appréciation de la pensée islamique moderne, notamment les courants réformistes traversant la Ummah islamique ; à l’appréciation de la pensée politique moderne, notamment le réformisme politique en vigueur dans bien des pays du monde et la gestion des problèmes posés par la nature ou les sociétés modernes. Notre approche sera volontairement interne, c’est-à-dire fondée principalement sur les œuvres et la vie de Serigne Touba. Une question de démarche et de fond, sans trahir la rigueur scientifique ni la perspective intellectuelle, ni nous enfermer dans un communautarisme sans lendemain Le premier point insiste sur le surgissement de Cheikh Ahmadou Bamba dans un contexte dramatique. Manifestation surprenante déjouant subtilement les tentatives de déstabilisation de l’Islam, mais surtout mettant en exergue la singularité de l’itinéraire du personnage, la profondeur et la prégnance de sa pensée, la hauteur de ses intentions agréées. Le deuxième point aborde les bases (métaphysiques, universelles, méthodologiques, institutionnelles) et la prégnance de l’orientation universaliste de la culture et de l’humanisme prônés par Xadimu Rasuul (RDW). Le troisième point nous ramènera à l’actualité et aux perspectives de la Muriidiyya, relativement aux nouvelles frontières que le siècle naissant ouvre à l’Islam et à la Umma. I. LE SURGISSEMENT DE CHEIKH AHMADOU BAMBA . Le contexte mondial était dramatique. L’islam de la fin du XIXème siècle (fin du XIIIème siècle H) était affaibli par ses cloisonnements face à un monde occidental eurocentré en pleine phase impérialiste. Cette période de l’histoire mondiale a été fort agitée, en raison des dynamiques géopolitiques naissantes. L’Empire Ottoman, porte-étendard officiel de l’Islam officiel décline à son centre comme à sa périphérie. En Afrique noire, c’est la déroute des royaumes pré-coloniaux devant le nouvel ordre colonial en cours de consolidation. Une vaste et complexe lutte entre valeurs et contre-valeurs engage désormais le monde dans une dynamique culturelle de plus en plus orientée par le matérialisme productiviste, désacralisant et envahissant. La pensée islamique va, dès lors, là où elle a pu le faire, à l’assaut des pratiques hétérodoxes. Le réformisme est né, tout au moins resurgit, en un mouvement mondial, plus ou moins intense, plus ou moins coordonné. C’est la cité islamique qu’il s’agit de reproblématiser, par rapport à ses fondements doctrinaux et sous ses aspects philosophiques, socio-politiques et formels. Les voies prônées sont multiples : de la forme militaire, de la conquête et du Jihaad, aux formes plus subtiles et spirituelles, en passant par le réformisme intellectuel à dimension laïque et politique. A cette époque là, ces questionnements prirent une tournure particulière dans l’espace séné-gambien en général et au Sénégal en particulier. Les intentions et les visées coloniales ont vite eu raison de sociétés indigènes, islamisées certes depuis des siècles, mais fragilisées par la violence et le formalisme. Cheikh Ahmadou Bamba avait en face de lui un ancrage élitiste des sciences coraniques dans un cadre patrimonial hégémonique. La tendance à la sécularisation du Coran et des pratiques cultuelles était bien établie, avec comme support une masse populaire elle-même entraînée dans un mouvement de « folklorisation », donc dans le dessèchement vulgaire des éléments majeurS de la civilisation islamique. Pendant ce temps, le pouvoir colonialiste s’attela plutôt à former des élites politico-commerçantes vouées au service du régime émergent, d’une part, à remettre en place de nouveaux symboles et autres valeurs (religieuses, morales, culturelles, économiques…), d’autre part. Dans cette atmosphère d’appauvrissement religieux et spirituel, d’étouffement de toutes les formes de liberté et de velléités d’engagement politique ou intellectuelle, quelle stratégie promouvoir ? Que faire contre l’efficacité nouvelle à la tubaab ? Efficacité des armes, efficacité de l’encadrement politico-administratif, commercial et culturel… lesquels annoncent les prémices d’un bouleversement des représentations et des relations entre l’homme (africain, sénégalais) et son milieu. Quel espace alternatif d’adoration d’Allah proposer ? Comment dès lors dégager une pensée tant soit peu libre, autonome ? Comment s’engager sans être écrasé ou « avoir la tête coupée » ? Comment assumer la situation dramatique d’une époque de négation, de violence, d’injustice, d’intolérance ? Face à ces questionnements d’époque, l’inspiration du visionnaire conduit le Maître bien-aimé au rejet de la solution politico-religieuse d’affrontement ou de collaboration et à l’engagement résolu et apparemment contradictoire dans la solution culturelle et la méthode Suufi pour des transformations et changements sociaux. Dans le contexte dramatique en question, ses intentions profondes étaient d’abord de sortir l’islam des cours et du champ militaire, ensuite de ramener sur le champ spirituel la connaissance, le savoir-être, le savoir-vivre et le savoir-faire. Le réformateur est né. Le mouvement dramatique du contexte socio-politique sus évoqué laissa plus ou moins rapidement la place à une situation personnelle non moins dramatique, au triple plan religieux, mystique et socio-politique. D’où la singularité de l’itinéraire de Serigne Touba. Virages, ruptures, rectification et conjonction avec la lumière muhammédienne, ponctuent, ensemble, par la grâce de son Seigneur, ce mouvement décisif à la fois d’aspiration vers la transcendance et la spiritualité et de sacrifice rédempteur. Il s’y était préparé dans un pays et une zone politiquement, socialement, culturellemnt et démographiquement actifs, préparés et propices à une œuvre de réforme. La porte de la Tawba ( la grande Conversion) venait de s’y ouvrir, laissant derrière elle une foi ébranléE, le doute et l’exaltation du matériel, des personnalités politiques corrompues, des chefs religieux presque massivement réduits à tendre la main aux tubaab, la libération de l’individu, individu autour duquel vont désormais s’organiser les contre-valeurs occidentales. Déjà dès 1884 (1301-H), il opéra le premier grand virage préparatoire, un virage en apparence politique. Car il rejeta, en quittant Mbakké Kajoor pour rentrer à Mbakké Bawol toute occupation d’ordre politique. En réalité c’était un changement de perspective et de méthode, l’expression d’une option suufi définitive et d’une vision nouvelle de l’espace islamique. Par rapport à cet environnement, la démarche du Cheikh se singularisera, contrairement à la tradition du Jihaad armé et de la mobilité géographique des lettrés-enseignants en vigueur dans les ordres ancrés presque unilatéralement dans la Sharia. Il s’est résolument engagé dans le Soufisme dont il renouvellera profondément l’orientation doctrinale, les techniques et la pédagogie. Ceci le conduira, logiquement, à l’une des ruptures les plus décisives : la rupture d’ordre pédagogique d’avec son milieu. Il s’orientera vers une éducation totale, intégrant le spirituel, le littéral et le manuel, selon les objectifs et les finalités de l’Islam pur. Déjà se dessinaient les fondements de l’identité mouride, en un humanisme axé sur le principe d’ aspiration à Dieu (Iraada), celui de perfection et de perfectibilité de l’homme, de son âme et de compréhension dynamique des réalités métaphysiques, religieuses et pratiques. De ce principe de lumière, de mouvement et de recentrage procéderont et la pédagogie mouride et les règles organisatrices de la Muriidiyya aux niveaux doctrinal, méthodologique et institutionnel. Ces choix culturels et pédagogiques seront, quelques années plus tard, conformés par la Rectification. Moment de vérité, de dépassement (de soi, des niveaux et formes religieux en vigueur…) par récapitulation intégrative, donc de relecture personnelle à partir de la grande Conversion (Tawba), en vue de la conjonction avec la lumière Muhamédienne, la Rectification créa, par la volonté d’Allah, les conditions et les voies de l’engagement (Bay’a) dans la mission de rédemption et de réforme, dans le sacrifice, dans le Voyage, dans le Service (Xidma), en dehors de toute intervention humaine, (locale ou extérieure), en dehors de toute obédience, de toute affiliation, de tout accompagnement autre que celui de l’Armée Céleste. Désormais, il n’aura plus, dans sa phase de maturité mystique (coïncidant avec le début de la dernière décennie de XIXème siècle), aucune autre source de légitimation institutionnelle et doctrinale que le Livre d’Allah et l’Elu d’Allah. La tradition intellectuelle universelle et l’arrière-fond culturel sénégambien servant de repères connexes de positionnement dans la pensée islamique et mondiale en cours de questionnement. Désormais, son autorité personelle et institutionnelle sera portée dans la mémoire mouride émergente par le sacrifice, le pardon et la fermeté. Par le sacrifice donc, Cheikh Ahmadou Bamba a goûté à l’exil, à l’exotérique (déplacement géographique de rupture d’avec les attaches terrestres), comme à l’ésotérique (aspiration de Rapprochement). C’est là certainement une forme d’exil total dont il est revenu vivant, investi aux plus hauts grades, institué, avec un charisme accru au milieu d’une communauté sans cesse élargie, toujours face à des ennemis à qui il aura pardonné conformément à son engagement traditionnel. Une mission réussie… dont la signification profonde se situe à quatre niveaux principaux : Signification mystique, car elle est au départ l’expression de la Volonté et de la Miséricorde d’Allah, à l’arrivée une peine-faveur au Majzuub pour reprendre Serigne Muhammadou Bachir Mbacké Signification religieuse, car preuve de l’intention agréée du Cheikh, de la sincérité de sa conversion, de l’exaucement des vœux du réformateur. Signification institutionnelle, car elle a imposé la tolérance puis la reconnaissance politique de la Muriidiyya, comme nouvelle « confrérie » indépendante des mourides, comme communauté active, disciplinée et efficacement utile. Signification géopolitique, car les données de la problématique de la gestion du religieux en Sénégambie vont changer. La valeur pédagogique du cheminement géographique (local, régional…) du Cheikh, d’une part, celle des migrations de fidèles et de visiteurs induites par des déplacements, d’autre part, n’échapperont pas aux pionniers de la diaspora mouride. Donc, Cheikh Ahmadou Bamba en lui-même est un jaillissement dont l’avènement, en Sénégambie, coïncide avec la fin de l’ordre des princes et de leurs marabouts, d’une part, l’instauration de l’ordre colonialiste, d’autre part. La Muriidiyya, très vite conformée plus comme mouvement de ralliement que comme « confrérie » formelle, procède, historiquement, de cette dynamique mondiale de renouveau de la pensée et de la pratique islamiques. En Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de Touba dès l’avènement du XIVème siècle de l’Hégire, le revivificateur programmé de l’Islam devint Serigne Touba. La polarité métaphysique d’une preuve divine éblouie de lumière muhammadienne, géographiquement et géopolitiquement, se manifesta en Touba preuve physique d’une mission réussie. Preuve tranchante de l’efficience et de l’efficacité de la démarche culturelle, morale et humaniste de Serigne Touba qui s’est présentée et se présente toujours comme une alternative de poids au sein d’une société (sénégalaise…africaine !) affaiblie et déstabilisée dans sa vie positive et mentale. II. UNE CULTURE ET UN HUMANISME RESOLUMENT OUVERTS SUR L’UNIVERSEL. Serigne Touba est par conséquent dans le champ le plus significatif de l’Islam universel, Islam de la perfection, de la tolérance et de la non violence. Il est un réformateur Suufi, mais un Suufi qui a les « pieds sur terre », un intellectuel pédagogue de l’homme accompli et conforme (à lui-même, à sa qualité d’adorateur sur terre, à sa perspective divine), un organisateur. Sa mission réussie se présente, dans le fond et dans la forme, comme un appel et une mise en perspective. Un appel à la transcendance d’Allah par la conversion (tuub) et l’engagement auprès de l’Elu d’Allah (Bay’a) en somme un appel positif à un appel qui, lui, a été agréé, un appel islamique à un service (Xidma) agréé, un appel d’universalité. La perspective est de comprendre pourquoi l’homme est sur terre, et de savoir que la perfection est sa seule perspective…, perspective portée par une œuvre écrite colossale, multiforme, multidimensionnelle, multifonctionnelle. En somme, c’était déjà un Projet, avant le mot. Un Projet d’impulsion et d’organisation d’un vaste mouvement Suufi, un mouvement de revivification globale de l’Islam en Occident, dans et à partir du Sénégal Central-Atlantique (Kajoor, Bawol, Saalum…), l’épicentre de l’effervescence politique sénégambienne de la fin du XIXème siècle, espace géopolitique où, à partir de 1895, allait se sceller pour longtemps le sort de la vie politique, militaire, économique et religieuse de l’Afrique de l’ Ouest. Les enjeux étaient de taille. Il fallait s’y préparer : construire son symbolisme, formuler ses concepts opératoires, définir sa démarche, rejeter toute idée d’hypothèse ou de calcul, pour s’installer fermement dans la voie de la vérité, s’ancrer dans la spirale de la certitude stabilisatrice, construire ses arguments, dégager des perspectives pertinentes. Serigne Touba procédera à un travail de conceptualisation en profondeur, s’appuyant principalement sur le Coran et la Sunna et ensuite sur le génie des langues arabe et wolof. Le vocabulaire et le langage techniques du Soufisme ont été relus. Les concepts wolofs relatifs à l’habitat, à la pédagogie, aux mœurs, au travail, aux représentations, à l’art, ont été les plus « revisités » et rénovés. Ce qui le préoccupait en fin de compte c’était plus le renouvellement de l’intérêt pour les cultures islamiques et indigènes les plus traditionnelles que le cadre politique d’évolution des formations sociales du moment. Un capital symbolique considérable fut ainsi constitué, voire même institué dans le cadre de la Muriidiyya. Les domaines en sont aussi variés que le géographique, le toponymique, l’architectural, le littéraire, le linguistique, le religieux, le social, l’économique. La poésie, par exemple, pourrait en être une illustration en raison de sa fonction centrale de langage de la foi mouride, et de support principal de la pédagogie de la mission réussie de Serigne Touba. Par delà le genre, la poésie donne la vraie mesure de sa créativité, de son sens pédagogique, de sa spiritualité. C’est à coup sûr un monument unique en Islam après le Coran, défiant l’humanité. En restaurant la poésie totale d’inspiration doctrinale Suufi, d’essence et d’orientation universelles, dans un cadre coranique de forme quasi singulière, Serigne Touba a restauré l’identité de la fonction principielle de la contemplation et de l’action (contrairement à la pensée mécanique opposant théorie et pratique), l’identité de la fonction métaphysique de la poésie et de sa fonction artistique i.e sociale et didactique. Aussi Serigne Touba a fait du symbolisme du poème le principal stimulant du goût de l’adhésion et du service (Xidma), à l’exclusion de tout esprit de propagande ou de réjouissance désacralisante. Sa récitation ou sa lecture, psalmodiées ou chantées, produisent les états (Haal) incitant à l’action réalisatrice (jëf), à l’acte méritoire (njariñ) à la facilitation (Taysiir). Un positionnement sans équivoque par rapport aux enjeux humains contemporains. Au niveau doctrinal, il fit un recentrage sur le cadre doctrinal fondamental (Coran et Sunna) seul garant de la restauration de l’esprit et de la lettre de l’Islam primordial dans lequel foi, spiritualité, communauté et initiative conforme ne font qu’un en l’Un. Il s’inscrivit dans une œuvre de revivification à la perfection du Tawhiid, des sciences religieuses, et du Tasawwuf. Il fit une option irréversible pour le Jihaad Akbar, la lutte sans compromis contre le dogmatisme et le sectarisme, cadres de pensée trop étroits et desséchants. Au niveau social, il s’agira en premier lieu de retrouver le sens premier de la Religion et de Tradition, c’est-à-dire comme principes premier d’organisation de la société. C’est là un renversement de perspective fondamentale qui est visé : restaurer les bases essentielles de construction de communautés conformes, retrouver un sens à la culture et à l’humanisme, en un mot au social. La société des hommes n’a de sens que par rapport à la Face d’Allah. Elle n’a de réalité que dans l’adoration (Hubudiyya). Plus elle s’éloigne de cette perspective plus se multiplient les entraves à un culte pur pour le Maître des créatures, plus les dysfonctionnements du monde donnent prise aux forces de désacralisation de l’espace religieux. L’enjeu social est aussi une œuvre de dynamisation de la communauté par l’incitation à la crainte personnelle et collective d’Allah (Taqwa) (Coran XLIX, 13), source de la félicité, d’une part, au goût du travail, source de la réussite ici et là-bas, d’autre part. Le goût du travail redeviendra ainsi plus qu’une simple vertu : un principe central. Le travail est celui détaché du fétichisme économique aliénant du productivisme et du salarial, celui qui est sanctificateur, car devenu service adoratif vers la rencontre (Liqaa’) avec le Seigneur (Rabbu) (Coran XIII,110). Dès lors, aux niveaux humain et méthodologique, quel type d’homme former et promouvoir ? Les concepts wolofs de defar et de murital résument bien le projet de Serigne Touba de recentrage sur l’universel. Former l’homme de l’intérieur consiste à redresser les méthodes en vigueur : ne plus simplement instruire de l’extérieur par action directe sur la raison, ce qui est du domaine du général, mais surtout éduquer de l’intérieur par rectification du cœur et de l’âme, ce qui est du domaine de l’universel, parce qu’évoluant dans la sphère intellectuelle. III. POSITIONNEMENT GEOPOLITIQUE SUR LES FRONTIERES EMERGENTES DE L’ISLAM . Serigne Touba a « derrière » lui un legs considérable à peine exploré. La valeur de son choix culturel et méthodologique, par rapport aux frontières actuelles de l’Islam et surtout aux courants réformistes foisonnant de partout, est plus que jamais prégnante. La capacité et la souplesse adaptatives des mourides, constatées au Sénégal et à travers les cinq continents du monde, sont, entre autres, la preuve même de la pertinence et de l’orientation universaliste de la MURIIDIYYA. Ainsi, de plus en plus, le Projet islamique de Serigne Touba en s’actualisant plus explicitement de nos jours, devient-il, comme il se doit, référence, modèle et objet de recherche, mais induit-il quelques questionnements, notamment à la mesure de l’enjeu géopolitique actuel de Touba, car Touba inquiète toujours, dérange mais fascine et promet. Comment lire aujourd’hui Touba et son espace si l’on ne comprend pas ce projet et la démarche qui en commande les processus d’actualisation, sa vision globale à l’instar et à l’image du Qur’aan, le livre complet et cohérent ? Toutes les « lois historiques »qui commandent ce projet muriid sont élaborées au nom d’ALLAH,en lui et pour Sa Face .Les valeurs fondatrices comme l’amour, l’altérité, la modération et l’humilité sont de nos jours rares et chères. Ses formes de réalisation concrète, quel qu’en soit le domaine, ne connaissent ni exclusion, ni marginalisation sur base sociale quelconque (sang, rang, caste, métier, ethnie…) ou géographique. En somme, une conception très moderne de la démocratie civile par les valeurs centrales. La Muridiyya, avons-nous dit, est apparue au Sénégal dans un contexte de crise du même ordre. Il faut la relire de ce point de vue. Elle se développe de nos jours, en tant que Projet explicité, dans un autre contexte de crise du même ordre. Il faut la relire, cent ans après en fonction d’elle. C’est une démarche nécessaire et impérieuse, pour en saisir la nature et sa double fonction religieuse et socio-politique, les aspects doctrinaux et les aspects pratiques, en bref la source de la dynamique et du dynamisme actuels qui traduisent, loin des cancans de nature sectariste et sectaire, sa capacité de réponse aux questions posées par la crise actuelle. Jusqu’où pourraient-ils aller, face à la diffusion mondialisée et hégémonique des modèles culturels eurocentrés ? Nouveau contexte, d’échelle élargie, certainement plus matériellement dramatique, mais fortement demandeur en spiritualité, en paix et en sécurité et qui nous rappelle avec insistance que la mission réussie de Xadiimu Rassul était et demeure un appel et une perspective ! Le constat général de perte de sens et de valeurs fondatrices nous donne l’occasion d’un retour au centre, c’est-à-dire en Serigne Touba. Un retour total, seul susceptible de nous faire comprendre un peu plus et mieux le sens de ce qu’il nous a légué comme héritage, seul susceptible d’éclairer davantage notre espace tout court, ses interfaces avec les grands problèmes de sociétés qui secouent notre monde en cours de recomposition. Comment accéder à ces débats par et avec Serigne Touba ? Comment actualiser les immenses capacités d’échange gisant dans la mémoire mouride et dans le puissant mouvement actuel de renouvellement statistique et sociologique des talibés par rapport à l’évolution des cadres de fonctionnement de la communauté ? Le mouvement d’adhésion et les engagements en Serigne Touba se renforcent, et avec eux l’autorité centrale. Mais qu’en est-il des dynamiques ou formes de sécularisation au niveau de Touba ? par rapport à la pression externe de la rébellion et de la violence, surtout politicienne et culturelle ? par rapport à la déperdition de sens possible avec l’impact infériorisant de la « globalisation » ? par rapport à l’enjeu géopolitique de la foi islamique ? par rapport au mouvement mondial de réformisme politique fondé sur les valeurs de matérialisme, de modernité et de négation ? PR. CHEIKH BA UNIVERSITE CHEIKH ANTA DIOP DE DAKAR ;
 
PHILOSOPHIE DU TRAVAIL DANS LE MOURIDISME
PHILOSOPHIE DU TRAVAIL DANS LE MOURIDISME Par / Cheikhouna MBACKE Abdoul Wadoud Le travail a une place importante dans le Mouridisme qui n’est plus à démontrer. Il suffit de constater l’engouement des mourides, dirigeants et adeptes confondus, au travail dans ces différents aspects (culture, commerce, artisanat, services, etc.). Ce qui est pour beaucoup dans le poids socio-politico-économique qu’ont les Mourides au Sénégal. Ce qui nous intéresse le plus ici c’est d’essayer de voir à partir des enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba, Fondateur du Mouridisme , la philosophie qui sous-tend cet engouement au travail tant du côté des motivations que de celui des normes. Toutefois, il est important de faire remarquer d'emblée que, parlant de l'activité génératrice de revenu dans ses écrits, le Fondateur du Mouridisme n'emploie que très rarement le vocable arabe "‘amal" ="travail". Il emploie plutôt l'un des vocables talab-ul- halâl, kasb-ul- halâl ou iltimâs-ul- halâl qui signifient tous "chercher le licite". Cette remarque est très importante dans la mesure où les vocables utilisés en disent longue sur la philosophie du travail chez le fondateur du Mouridisme. I- LES MOTIVATIONS : Le Prophète –Paix et Salut sur lui- a élevé le travail pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille au rang de jihâd et a fait l’éloge de celui qui travaille, aussi modeste que son travail puisse être, pour ne pas tendre la main aux gens. Certes, Cheikh Ahmadou Bamba avait à l’esprit tout ce que la Tradition du Prophète –Paix et Salut sur lui- dit sur le travail, mais il a surtout mis l’accent sur deux motivations que nous semblons ignorer de nos jours. 1- Travailler est le moyen principal pour consommer le licite: Travailler est le principal moyen qui permet de consommer le licite. Or consommer le licite aide à pouvoir accomplir les actes de foi et représente une condition pour que ces actes soient agréés par Dieu. Ne consomme pas l’illicite ni le douteux. Consomme plutôt le licite. Consomme du licite si tu veux obéir à Dieu et au Prophète, O pieux! Et quand tu le trouveras, ne le gaspille pas. Car quiconque gaspille le licite sera gaspillé. (Munawwir-us- sudûr) Evitez de consommer l’illicite, car il ne cesse d’être un obstacle sur le Droit Chemin. Cherchez le licite à tout moment ; c’est par sa consommation qu’apparaissent le Droit Chemin et l’obéissance à Dieu. «Evitez de consommer l’illicite (…) La raison pour laquelle je vous interdis de consommer l’illicite, est que les choses de l’au-delà [les actes de piété] ne se produisent de la part de celui qui se nourrit de l’illicite ou du douteux (…) au point que, même s’il le veut, celui qui se nourrit de l’illicite ne peut pas obéir à Dieu (…) D’ailleurs, la recherche du licite doit primer sur toutes les autres préoccupations et une fois obtenu, on doit ne pas le gaspiller car il est rare ces temps-ci». (Recueil des recommandations du Cheikh…, pp. 117 & 118) Dans un hadith, le Prophète –Paix et Salut sur lui- nous fait comprendre que Dieu étant pur n’agrée que ce qui est pur et qu’Il a ordonné aux croyants ce qu’Il a ordonné aux Prophètes : consommer du licite. Dans ce même hadith il nous apprend que Dieu n’exauce pas l’invocation de celui qui consomme de l’illicite. Dans un autre hadith, il nous apprend que celui qui prétend aller au pèlerinage avec de l’argent acquis illicitement ne récolte de son «pèlerinage» que la colère et le châtiment de Dieu. Et il va sans dire que l’invocation et le pèlerinage sont donnés ici comme exemples et qu’il en sera de même pour les autres actes de piété accomplis avec des moyens illicites. Le cheikh ne dit pas autre chose : Quiconque accomplit un acte pieux avec des moyens illicites, n’en récoltera que regret et honte. (Munawwir-us- sudûr) Ni le savoir, ni les actes de piété ne seront bénéfiques avec la consommation de l’illicite Le Prophète –Paix et Salut sur lui- a résumé tout cela dans ce hadith : «Toute chair qui s’est nourri de l’illicite, c’est l’Enfer qui lui convient le plus». 2- Le travail est une garantie de la liberté de choix: Celui qui gagne sa vie par le travail ne dépend financièrement que de lui-même. Donc cette indépendance financière est essentielle pour avoir la liberté de choix et d’action. Par contre, celui qui est dépendant financièrement est facilement aliénable. Le Wolof ne dit-il pas : Ku ëmb sa sanqal ëmb sa kersa ? Cette aspiration à l’indépendance qui est une caractéristique permanente du Mouridisme est bien illustrée par l’attitude du cheikh quand il voulait construire la mosquée de Touba. Une fois l’autorisation de construire obtenue, le cheikh a fixé une somme de cent quarante (140 ) Francs que tout membre de la communauté devait verser annuellement. Lorsque les cheikhs (délégués du cheikh) sont venus apporter les fameux sas collectés à la première année, le cheikh les a réunis et leur a tenu des propos comme ceci : « Je vous ai réunis pour vous expliquer la philosophie des sas que j’avais ordonnés. Vous savez que si je le demandais aux Français, ils n’hésiteraient pas à me construire la plus grande et la plus belle mosquée dans un temps record. Mais je voudrais que vous le preniez comme doctrine. Chaque fois que vous aurez à réaliser un projet, réunissez vos propres moyens et limitez vos besoins en fonction de vos moyens pour ne pas dépendre de qui que ce soit. C’est de cette manière que vous préserverez votre RELIGION et votre DIGNITE ». II- LES NORMES: Si dans le Mouridisme le travail a cette importante considération que nous avons décrite, il est à noter que cette considération n’est accordée au travail que sous réserve du respect de certaines normes. En d’autres termes, il y a des activités louables et d’autres qui ne le sont pas selon le respect ou non de normes bien définies. 1- Le fait que le travail soit permis en soi : Ce qui exclut des activités tels que : - le vol - l’usurpation (prendre le bien d’autrui par force) - tendre la main sans une nécessité pressante - les jeux de hasard : à titre d’exemple, tout ce que LONASE au Sénégal organise en fait partie. 2- Le fait que le travail qui est permis en soi ne contienne pas d’autres pratiques prohibées: Le commerce, l’artisanat, les services… sont des activités permises en elles-mêmes. Mais il y a des pratiques qui peuvent les dénaturer et leur enlever le caractère noble. Parmi ces pratiques, on peut citer - Toute sorte de supercherie (tricherie, fraude, falsification): celui qui la pratique est déclaré par le Prophète –Paix et Salut sur lui indigne d’être l’un des siens (les musulmans). - Toute sorte d’exploitation (profiter de la nécessité d’autrui pour lui imposer sa loi) : le phénomène bukki en représente l’une des pires formes. - Toute sorte de spéculation - L’usure (ribâ) : Dieu a déclaré la guerre à celui qui la pratique et les intérêts bancaires en font partie selon l’avis de la majorité des jurisconsultes contemporains. - Négocier dans tout ce qui entraîne l’ivresse par essence (boissons alcooliques, drogues dures et douces) : celui qui y touche de près ou de loin est exposé à la malédiction de Dieu. 3-Le fait que le travail n’empêche pas d’observer le culte à temps (prière, jeûne…) : Pour Cheikh Ahmadou Bamba, le travail fait partie du culte au sens large du terme parce que c'est Dieu qui l'a recommandé mais il ne doit pas empêcher ou retarder l’accomplissement d’un autre culte. C’est pour cela que, selon lui, celui qui abandonne momentanément son travail pour observer la prière tirera profit de la prière et de son travail au contraire de celui qui rate ou retarde la prière pour le travail qui ne tirera profit ni de l’un ni de l’autre . C’est ainsi qu’il n’acceptait pas un service rendu à lui au détriment de la prière ou du jeûne . Cette rigueur est suivie de nos jours par les cheikhs les plus fidèles à ses enseignements. Ainsi, l'idée selon laquelle le travail peut dispenser du culte est totalement étrangère aux enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba. 4- Le fait d’utiliser le fruit du travail selon les recommandations de Dieu: Nous avons vu l’exigence du cheikh après avoir recommandé la recherche du licite «… et une fois l’obtenir, on doit ne pas le gaspiller car il est rare ces temps-ci». Et ne pas le gaspiller c’est, en résumer, - Sortir sa zakât si les conditions requises sont réunies - Le dépenser dans les domaines de la bienfaisance (subvenir à ses propres besoins et à ceux de sa famille, venir en aide aux nécessiteux, participer au financement des infrastructures de l’intérêt commun…) CONCLUSION: A Travers tout ce qui précède, nous avons constaté que les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur du Mouridisme, concernant le travail ont eu un impact profond sur ses disciples ce qui leur a permis d’occuper la première place dans l’économie nationale. Nous avons constaté aussi, et c’est le plus important à notre avis, que ce travail n’est pas une fin en soi mais un moyen pour adorer Dieu et pour se libérer de tout autre… Par / Cheikhouna MBACKE Abdoul Wadoud cheikhouna@yahoo.fr
 SERIGNE BASSIROU mbacke l
SERIGNE BASSIROU IBN KHADIMOU RASSOUL Cheikh Mouhamadoul Bachir Ibn Khadim Rassoul est né dans un village près de Kokki dans la région de Louga, le 12 Joumaada thaani 1313 H (1895), juste pendant que le Cheikh se trouvât en route pour l’exil. Sous la direction de Serigne MBaye DIAKHATE, il mémorisa le Livre Saint. Il a approfondi ses études de Théologie, de Droit islamique, de la langue et de la littérature arabe auprès du Grand maître Mouhamed Ould Abi Bakr. Il s’illustra vite dans les sciences religieuses et maîtrisa parfaitement l’Arabe. Il se distingua par sa soif d’acquérir de nouvelles connaissances. Ainsi, les disciplines traditionnelles islamiques et la littérature arabe, la philosophie, la psychologie, l’astronomie ou l’histoire et la géographie lui ont révélé leur secret, faisant de lui un grand savant bien connu de son époque. D’ailleurs, l’illustre Assane Bassirou Diouf, ancien Président de la Cour Suprême du Sénégal qui a eu à côtoyer Cheikhoul Bachir à Diourbel, se disait toujours ébloui par la largesse de ses connaissance, son haut niveau de culture et son degré d’ouverture digne d’éloge. Alliant ascétisme et soufisme, Serigne Bassirou, fils de Sokhna Fatou Madou Mame, fut bien connu pour son attachement indéfectible à l’Islam orthodoxe et sa constante lutte contre toute innovation susceptible de déformer cette religion de vérité, malgré son ouverture d’esprit digne des grands savants. L’illustre fils de Serigne Touba, grand savant, fut aussi d’une intelligence et d’un savoir-vivre exemplaires. Et pour cause ! Il fut, parmi les fils de Khadimou Rassoul celui qui a le plus longtemps vécu avec lui. En effet, à son retour d’exil, le Cheikh le voulait toujours à ses cotés. Cette situation lui a donné l’occasion de le côtoyer pendant prés de 20 ans. Ce qui lui a permis de bien le connaître et par conséquent de dresser sa biographie dans son célèbre livre intitulé Minanul Bakhil Khadim ou Les bienfaits de l’Eternel. Cet ouvrage d’une extraordinaire richesse, constitue un grand service rendu à la postérité par Cheikh Mouhamadoul Bachir. Serigne Bassirou était aussi connu comme l’un des plus grands rassembleurs de la famille de Khadim Rassoul. Il était toujours aux cotés des premiers Khalifes de son illustre père : Cheikh Moustapha dont il était très proche et Cheikh Mouhamdou Fadel. Sans oublier Serigne Mouhamadou Amine dont il eut en charge l’éducation de quelques uns de ses fils. Il jouissait d’une grande estime auprès des frères de son père et de ses Cheikh. Il s’est toujours illustré par un sens aigu des relations et un désir perpétuel de conciliation qu’il mettait au service de ses aînés. Il inculqua à tous ses fils cette vertu qui consiste à se tenir aux cotés de la haute hiérarchie mouride et de toujours servir loyalement les différents Khalifes. Il faisait de sa mission l’enseignement, l’éducation de ses enfants, de ceux de ses frères, proches et taalibés. Ainsi, beaucoup de fils de ses frères, des grands Cheikh et parents du Cheikh passèrent entre ses mains pour devenir à leur tour des vulgarisateurs accomplis de la pensée de Serigne Touba, ouvrant à leur tour des daara, du Mbakol au Saloum, en passant par le Kayor et le Baol. Il fonda beaucoup de villages dans le baol et le saloum et compte dans plusieurs villages et bourgs des maisons avec des mosquées et dara. Toute la communauté mouride et islamique lui doit aujourd’hui la réhabilitation de Porokhane, le village de la mère de Khadim Rassoul. Il ne ménagea pas ses efforts dans un environnement hostiles pour reconstruire un village entier avec le mausolée de Sokhna Mame Diarra. Son fils aîné et successeur Serigne Moustapha a parachevé l’œuvre jusqu’à ce que Porokhane devienne ce qu’il est aujourd’hui. Ce legs suffit largement pour dire ô combien Serigne Bassirou œuvrait pour le seul bien-être de toute la communauté de Serigne Touba Khadim Rassoul. Le grand savant Serigne Bassirou, à l’élégance et la légendaire beauté, était simplement un sublime érudit, doublé d’une piété et d’une intelligence rare ; diplomate dans le sens très positif du terme, il jouissait d’une grande renommée dans toute la Umma Islamique, au Sénégal et en Mauritanie. Il est incontestablement dans le cercle restreint des grands intellectuels islamiques. Il quitta ce bas monde en 1966, rejoignant son illustre père et laissant derrière lui à la fois un legs immense et un grand vide. Son fils aîné Serigne Moustapha Bassirou qui lui succède depuis, perpétue son œuvre grandiose à la tête d’une famille unie et solidaire, à coté de ses frères et sœurs.
 
Réflexions sur la ville sainte de Touba
La ville de Touba fait l'objet d'un grand intérêt aussi bien au niveau national qu'au niveau international. Il en suffit pour preuve les thèses, mémoires et autres études qui lui sont consacrées. Cet article n'est qu'une modeste contribution à la réflexion menée par des chercheurs nationaux et étrangers qui s'intéressent à cette importante ville du Sénégal devenue le symbole de la réussite du djihad pacifique dans ce pays. Nous allons essayer d’axer notre réflexion autour de Touba, notamment sa signification, sa genèse, son développement et son rôle culturel, social, économique et politique. Notre but est de promouvoir une meilleure connaissance de cette grande ville musulmane et africaine. I. Signification Le mot Tuuba vient du verbe arabe taaba qui signifie littéralement « être bon », d’où le qualificatif masculin tayyib : bon qui devient au superlatif atyab (le meilleur) et tuuba (la meilleure). Le nom est utilisé dans le Coran à propos du sort réservé aux bienheureux, ceux qui auront suivi la voie droite et mérité de ce fait la meilleure demeure, le beau retour. Expliquant le verset 29 de la sourate 13, le grand exégète du Coran, Razi, donne au vocable trois significations : - C’est le nom d’un arbre du paradis selon un hadith attribué au Prophète Muhammad dans lequel il aurait dit « Tuuba est un arbre du paradis planté par Dieu de sa propre main, et il produit parure et habits, et ses branches sont perceptibles au-delà de la muraille du paradis ». - C’est un nom d’action du verbe taaba selon les linguistes. - Le terme est étranger et désigne le paradis en éthiopien ou en hindou.1 La première explication semble la plus largement partagée par les exégètes du Coran et les ulémas en général. Mais pourquoi donner le nom d’un arbre de paradis à une localité terrestre ? N’y a-t-il pas là quelque chose de symbolique ? Il est certainement hasardeux de donner une réponse hâtive à ces interrogations. On peut cependant penser qu’étant donné la rareté du choix, il est exclu qu’il soit dû au hasard. Si l’on tient compte des préoccupations du fondateur de la cité au moment de sa création et son orientation spirituelle générale, on peut penser qu’il entendait marquer l’importance primordiale qu’il accordait à la vie future et le lien nécessaire existant entre les deux vies. Il semble vouloir dire : si l’objectif majeur de la vie religieuse est l’agrément de Dieu entraînant l’entrée au paradis, voici un endroit où tout est fait pour faciliter l’atteinte de cet objectif. La présence dans le tuuba géographique devrait maintenir vivace dans l’esprit de l’homme le souvenir du tuuba spirituel et l’inciter à rechercher les moyens d’y accéder. S’installer à Touba c’est symboliquement s’engager dans la quête de tuuba, donc du bonheur éternel. 1voir Le Tafsir de Razzi, tome 19, p. 50, Le Caire 1938 II. Genèse Qu’est-ce qui pousse un homme religieux à décider de créer une localité ? L’interrogation des contextes historique, religieux, politique et social pourrait aider à trouver une réponse plausible. Dans le cas de Cheikh Muhamad Bamba Mbacké, on sait qu’un peu plus d’un an après le décès de son père en 1883, il estima ne plus devoir se contenter de l’enseignement classique des disciplines de base des sciences islamiques, comme le faisait son père et ses ancêtres. Cet enseignement, consistant en un simple transmission de connaissances, était certes nécessaire à la perpétuation de la culture islamique, mais n’était nullement suffisant, selon lui, pour créer une conscience islamique inspirant une conduite qui traduit fidèlement les idéaux de l’Islam. Voilà pourquoi il décida d’appliquer un programme d’éducation spirituelle plus apte, à ses yeux, à satisfaire les besoins des foules qui commençaient à se constituer autour de lui. Son retour à son village natal, Mbacké-Baol, avec une suite de disciples imposante, suscita des remous au sein de ses parents. D’autant plus que certains de ses compagnons affichaient parfois un comportement peu familier à ce milieu de doomi soxna où l’on ne connaissait que l’apprentissage des connaissances religieuses, l’adoration de Dieu et la culture de la terre. Toujours est-il que les adeptes du Cheikh augmentaient chaque jour, et la gêne qui en résultait pour les autochtones se faisait de plus en plus sentir. Au point que le Cheikh était obligé de se réfugier momentanément dans des lieux de retraite à proximité de Mbacké, au cours des années 1885-1886, afin de se livrer à la méditation et à la consolidation de sa progression spirituelle. Un de ces lieux finit par devenir un point de ralliement des premiers disciples et fut baptisé Daarou Salam. A l’époque, tout religieux qui se déplaçait avec un nombre de disciples important, passait aux yeux de l’Administration coloniale pour un suspect. Et plus le nombre des adeptes était considérable, plus les soupçons étaient forts. Le souvenir des tentatives de djihad menés par Maba Diakhou et Amadou Cheikhou et d'autres était encore vivace dans les esprits et inspirait aux autorités coloniales une extrême vigilance. Le Cheikh connaissait le projet des Français notamment leur détermination à détruire tout obstacle devant le processus de colonisation du pays. Il savait aussi que la résistance islamique armée était perçue comme une entrave à la réalisation des objectifs des occupants étrangers. C’est peut-être pourquoi, voulant marquer clairement la nature de l’action qu’il allait mener, il donna à son premier village le nom de Daarou Salam (Demeure de Paix). Cette localité, très proche de Mbacké, fut vite découverte par les nouveaux adhérents, et le Cheikh fut obligé de plonger dans la forêt à la recherche d’un endroit à l’accès plus difficile. Ce qui le conduisit au lieu dit Daaroul Mannan avant que l’assistance divine ne le dirigeât vers le site qui abrite Touba. Il s’agissait pour lui d’y isoler ses adeptes pour veiller à leur formation spirituelle. III. Développement A partir de 1887, Touba a connu trois grandes étapes dans son évolution. La première va de 1887 à 1927, la deuxième de 1927 à 1970 et la troisième de 1971 à nos jours. 1887-1927 Au début, Touba était pour la première génération des Mourides comme Médine pour les premiers adeptes de l’Islam : un lieu d’immigration et de rassemblement. On sait qu’à l’époque les Mourides constituaient une petite minorité dispersée à travers les provinces traditionnelles de Kadior et Bawal, et étaient même parfois, selon certaines sources, victimes de persécutions, en raison de la conduite jugée provocante de certains néophytes trop zélés et de l’intolérance d’une partie des tenants de l’ordre religieux établi. Toujours est-il qu’ils avaient grand besoin de se regrouper pour raffermir leur cohésion et former une véritable communauté. D’où leur affluence à Touba. Là, pendant près de huit ans (1887-1895), le Cheikh veilla personnellement à asseoir l’organisation de ses disciples en promouvant l’éducation et le travail productif. Il chargea ses principaux collaborateurs tels que Cheikh Abdou Rahmane Lô, Serigne Mbacké Bousso, Thierno Ibrahim Mbacké, Ahmadou Ndoumbé, etc., respectivement de l’enseignement, et du travail dans les champs pour ceux qui étaient plus attirés par cette activité. A l’époque, la population, encore très réduite, vivait à l’emplacement actuel de la mosquée, autour de la demeure du Cheikh, à Darou Qouddos. Le rythme des arrivées resta relativement lent à cause de nombreuses difficultés liées au déplacement des populations. Ce phénomène, même s’il ne manquait pas d’occasionner des perturbations, favorisa paradoxalement la réalisation partielle du plan du Cheikh qui s’intéressait surtout à la formation d’un premier groupe sur qui il pouvait compter pour la propagation de son enseignement. Le départ du Cheikh pour le Djolof, ses exiles au Gabon et en Mauritanie et sa mise en résidence surveillée (1895-1927) ont certes eu une influence négative sur le développement de Touba. Car ce qui intéressait les Mourides le plus c’était la personne de leur guide. Si bien qu’ils s’affluaient vers lui où qu’il se trouvât : à Mbacké-Bari, en Mauritanie, à Thièene et à Diourbel. Dès qu’il n’était plus à Touba, les adeptes n’étaient plus très enclins à aller s’y établir. Mais ceux qui y étaient déjà avant son départ avaient reçu l’ordre d’y rester sous la direction de leurs encadreurs désignés par le Cheikh. Les faibles mouvements migratoires constatés entre 1895 et 1927 étaient des regroupements familiaux encouragés par les grands cheikhs installés à Touba. Certains d’entre eux commençaient à créer leurs propres quartiers dans lesquels ils regroupaient leurs adeptes, afin de raffermir leurs liens et de cultiver l’esprit d’entraide et de solidarité entre eux. C’est ainsi que se formèrent progressivement autour du Centre des quartiers tels que Léwna (Darou Minan), Surra, Palène, Ndienné, Keur Niang, Keur Serigne Massamba, Thièene, Thieuyène, Mbampana, Darou Ndiaye, Guédé, Saam,Madina Touré, etc. 1927-1970 Le retour du Cheikh à Touba où il repose à la suite de son rappel à Dieu à Diourbel en 1927 marque le début d’une importante vague d’immigration à Touba. Ce phénomène était d’autant plus compréhensible que tous les taalibés bien informés savaient que leur Cheikh n’avait jamais voulu vivre ailleurs qu’à Touba. Il s’y ajoute que tous les grands dignitaires, qui pouvaient se déplacer, avaient jugé méritoire de participer à l’accomplissement du vœu de leur guide en venant s'établir autour de sa dernière demeure. La construction de la grande mosquée, vivement recommandée par le Cheikh et qui devait polariser l’attention de tous les adeptes, était un autre facteur d’incitation à l’immigration à Touba. De nombreuses familles vinrent s’installer là dans le seul but de contribuer d’une façon ou d’une autre à la réalisation du projet. D’autres furent attirés par les emplois créés par le chantier. 1971 –2000 Les khalifes du Cheikh ont tous, à des degrés divers, favorisé l’expansion de Touba perçue par eux comme le symbole de la puissance mouride. Ils y ont créé des quartiers et procédé à la distribution de terres. Mais celui d’entre eux qui semble le plus conscient de l’importance stratégique de l’agglomération était sans doute le troisième Khalife, Cheikh Abdou Ahad (1914-1989) En effet, il oeuvra pendant 21 ans pour faire de Touba une métropole en incitant les Mourides à venir s’y installer et en créant des infrastructures les y aidant. Mais la sécheresse qui sévissait dans le pays à l’époque avait aussi rendu les paysans très réceptifs à son appel. Le khalife actuel, Cheikh Salih, œuvre dans le même sens que ses prédécesseurs. Car il a déjà, en 14 ans, distribué autant de terrains que Cheikh Abdoul Ahad en avait octroyé en 21 ans ! Des villages traditionnels, deux fois centenaires, sont déjà pratiquement intégrés dans l’agglomération qui s’élargit quotidiennement. III. Vocation multidimensionnelle Dans un poème du Cheikh intitulé « Matlaboul Fawzayni », la vocation de Touba est exprimée de différentes manières. On note ainsi une insistance particulière sur l’enseignement, l’éducation, la santé, l’eau, la sécurité et la pratique cultuelle. Ce qui constitue, à notre avis, une référence aux rôles culturel, social, économique et politique de la ville. I.Dès le début, Touba a été destiné à être un centre de rayonnement de la culture islamique. Le Cheikh veillait personnellement à l’installation de daaras où des Houffaz, maîtres réputés pour leur maîtrise du texte sacré, instruisaient des enfants de bas âge. Le plus éminent d’entre eux était Cheikh Abdou Rahmane Lô, auprès de qui la plupart des Cheikh mourides de la deuxième génération ont appris et mémorisé le Coran. Les khalifes qui se sont succédés à la tête de la confrérie ont entouré cette forme d’enseignement de soins particuliers. Si bien que la mémorisation du Coran et la reproduction de mémoire de plusieurs exemplaires du livre était devenue un moyen de valorisation sociale et un passage obligé pour tout fils de Cheikh qui se destinait à la direction d’une communauté religieuse. L’enseignement des connaissances islamiques était dispensé avant 1927 par de grands lettrés comprenant certains fils, frères et cousins du Cheikh, conformément à une tradition islamique plusieurs fois séculaire qui voulait que la première tâche d’un homme religieux fût la diffusion du savoir islamique. Paul Marty, qui visita l’agglomération au début du siècle, a témoigné de ce que nous venons d’avancer, quand il qualifie Touba de « petite université islamique »… Les chefs de la confrérie encourageaient l’enseignement en prenant en charge ceux qui acceptaient d’en faire leur unique occupation. 2. Il a déjà été indiqué que des familles venant de toutes les provinces du pays s'étaient retrouvées à Touba. Toutes les ethnies et toutes les classes sociales s’y sont réunies et y ont favorisé un brassage ethnique et social inégalable. Le désir de renforcer la cohésion interne de la Communauté avait poussé le Fondateur à donner l’exemple en mariant certains de ses propres filles à de grands taalibés. Ces unions largement pratiquées par les pionniers du Mouridisme avaient permis d’établir de solides liens biologiques entre les habitants des premiers quartiers de Touba et facilité la solidarité et l’entraide dans tous les domaines. 3 . Le travail productif n’est pas perçu ici comme une simple nécessité sociale, il est également un moyen d’éducation. Le Cheikh exhortait ses taalibés à travailler ardemment, afin d’assurer leur autosuffisance alimentaire et leur indépendance économique certes, mais aussi afin de combattre la paresse et de les mettre à l’abri des occupations malsaines. Toujours est-il que du regroupement de plusieurs centaines de milliers d’êtres humains particulièrement entreprenants est né un marché, voir un centre d’affaires où presque chaque individu s’évertue à produire bien parce que sûr de pouvoir écouler sa production immédiatement, d’où l’éclosion d’un multitude d’activités économiques qui prospèrent chaque jour davantage. Le magal annuel de Touba où se déroulent simultanément les manifestations de cérémonie religieuse et de foire nationale constitue une parfaite illustration de la vocation multidimensionnelle de la ville. 4 . Les habitants de Touba se soucient beaucoup de la modernisation de leur ville, et ils sont prêts à en payer le prix. Les khalifes successifs et les pouvoirs publics y ont réalisé d’importantes infrastructures. Mais il reste beaucoup à faire. La ville a besoin de dispensaires, de médecins, de sage-femmes, d’infirmiers, même après l’achèvement de la construction de l’hôpital. De nouveaux forages doivent être construits et la brigade de gendarmerie renforcée en moyens humains et en logistique (…). En somme, Touba a été créé pour devenir une des capitales de l’Islam en Afrique, un centre de rayonnement de la culture islamique, une cité où des hommes et des femmes d’origines ethniques et sociales différentes vivent et travaillent unis par une communauté d’idéals qui se traduit par la droiture, la solidarité, l’ardeur au travail et une pratique religieuse saine. Eléments bibliographiques : K. Mbacké – Soufisme et Confréries religieuses au Sénégal, Dakar 1995 K. Mbacké - Daaras et Droits de l’Enfant, Dakar 1994 S.Bachir. Mbacké – Les Bienfaits de l’Eternel, Dakar 1995 Dondal C.D’Brien – The Mourides of Sénégal, OUP, London 1970 Ch. T. Sy – La confrérie sénégalaise des Mourides, Présence Africaine, Paris 1969 Fernand Dumond – La pensée Religieuse d’Ahmadou Bamba, NEA, Abidjan 1975. A. Samb. – Touba et son Magal, bulletin de l’IFAN, B n° 3, 1969 A. Samb – L’Islam et l’histoire du Sénégal, bulletin de l’IFAN, série B N°3, 1971. Lucy Behrmann – Muslim Brotherhood and politics in Sénégal, 1970 Eric Ross – Touba, these ph. D. soutenue en 1996 à Mc Gill University Montréal, Canada. Moriba Magassouba – L’Islam au Sénégal : demain le Moullah, Paris Karthala, 1985 Chritian Coulon – Le marabout et le prince : Islam et Pouvoir au Sénégal, Paris Pédone 1981. Cheikh Anta Babou-.Amadu Bamba and the founding of the Muridiyya: the history of a Muslim Brotherhood in Senegal (1853-1913 . Khadim Mbacké Chercheur à l’IFAN Ch. A. Diop
 Cheikh Mouhammad Al-Bachir ll
Qui est Cheikh Mouhammad al-Bachir? Cheikh Mouhammad al-Bachir est l’un des illustres fils de Cheikh Ahamad Bamba. Il naquit le 12 jumada – th thani 1313 de l’hégire (août 1895 de l’ère grégorienne ). Lorsque Cheikh Al khadim, était en préparation pour son voyage en exil au Gabon, il fut informé de sa naissance et s’en fut très réjoui. Il lui donna le nom de Mouhammad al Bachir " l’annonciateur de bonnes nouvelles" ayant considéré sa naissance comme une bonne augure pour une issue heureuse de son voyage. L’optimisme qu’il inspirait à son père durera toute sa vie. A cause de sa finesse, son intelligence et sa persévérance, il était très aimé de son père et guide dont il était très proche. Le Cheikh veillait particulièrement à son éducation et sa formation. Ainsi il mémorisa le Saint Coran et était versé dans plusieurs domaines du savoir : la chari’a, la haqiqa, les biographies des Prophètes, l’histoire, la littérature etc. Il était un jurisconsulte, un mystique, un fin lettré, un poète, un éducateur avéré qui consacra toute sa vie à servir l’Islam, le savoir et l’humanité toute entière. C’est cela qui fit de sa vie, après son retour à Dieu, une vie éternelle. Il léga en fait à la postérité des réalisations, des bienfaits intarissables tels des villages aménagés, des forêts viabilisées, des puits fonctionnels, des mosquées bien fréquentées ainsi que des savoirs très utiles. Ses pieux fils sont des modèles à suivre pour leur dévouement et leur loyauté envers tous les khalifs de Cheikh A. Bamba. En somme, Serigne Mouhammad Bachir confirme ce hadith du Prophète qui dit que " lorsqu’un homme meurt il est coupé de ce monde sauf s’il laisse trois choses : une aumône entretenue, un savoir utile et un enfant pieux qui prie pour lui " Que Dieu soit satisfait de lui ! MINANUL BAQUI-L-KHADIM Le plus important de tous les ouvrages scientifiques et littéraires de Cheikh Al-Bachir est sans doute son livre " minanul baqui-l-xadim" les biensfaits de l’Eternel sur la biographie de Cheikh Al- Khadim. C’est un ouvrage appréciable, unique dans son genre. Il est considéré parmi les sources les plus anciennes et les plus authentiques dans ce domaine. Son importance en tant que référence se lit à travers : 1. la personnalité de son auteur : celui-ci est l’un des fils de Cheikh A. BAMBA qui se distinguent tous par leur ascétisme, leur piété, leur honnêteté, leur crainte révérencielle (taqwa), leur droiture et leur bonne moralité. Quiconque jouit de telles qualités devient un homme intègre, crédible et digne de foi. Son témoignage doit être d’emblée accepté sans réserve. A cela s’ajoute tout d’abord que Cheikh M. Bachir se singularise par son intelligence exceptionnelle, son honnêteté extraordinaire et sa précision exacte qui sont des attributs qui rendent en effet ses paroles et jugements justes et crédibles. En suite il avait vécu lui-même la plupart des événements racontés en témoin oculaire. 2. le thème du livre :al- minan est écrit sur la biographie de Cheikh A. Bamba. Ce thème est intéressant pour les chercheurs qui étudient le Mouridisme et sa doctrine. En fait la biographie du fondateur du Mouridisme (ou vivificateur de la voie des Mourides comme je préfère le nommer) est considérée comme la source, l’incarnation, et l’application pratique de cette voie. Elle sert de référentiel et critère pour l’authentification, la vérification, la compréhension et la comparaison. Cheikhoul Khadim est un homme de sincérité et d’honnêteté dont les paroles et les idées ne sont jamais contredites par ses actes ni par son comportement. 3. son style et sa méthodologie : le style et la méthodologie de l’auteur du Minan sont tout à fait originaux ; il a été le premier à utiliser ce procédé qui consiste à étudier le soufisme considéré comme la base sur laquelle le Cheikh fondait sa vie. Il était un soufi accompli au sens sublime du terme. Sa vie n’était que l’expression vivante des réalités vécues par les véritables et authentiques hommes de Dieu qui suivaient respectueusement la voie tracée par le Prophète (P.S.L) et ses compagnons (Ra). Les chapitres du livres sont répartis sur la base des maqamat al-yaqim ( les neuf stations qui jalonnent le chemin de l’aspirant vers son Seigneur ) énumérées dans ce vers d’Ubn ‘Asher : « crainte, espoir, patience, gratitude, repentir, ascèse, confiance(en Dieu), satisfaction( du Décret divin) amour » L’auteur analyse ces concepts en démontrant comment le Cheikh avait vécu chacune de ces étapes. 4. le contenu du livre : al-minan est un livre bien original dans son domaine et très riche en connaissances utiles. En plus de son thème principal, il contient d’abord une multitude d’informations sur de célèbres et grandes figures, des savants et des gens pieux de l’époque tels que Sokhna Maryame Diratoul-llah, l’oncle de Cheikh A. Bamba Cheikh Mouhammad BOUSSO, son grand-père Serigne Mbacké Ndoumbé, son homonyme Ahmad Bamba SALL, son père Momar Anta Sally, son frère Serigne Momar Diara, le grand-père de la famille de Koky le grand érudit cheikh Mokhtar Ndoumbé DIOP, al-mujahid Ahmadou BA, al-imam al-mujahid Maba Diakhou BA, l’érudit Cheikh Mbacké BOUSSO, Cheikh Ibrahima FALL, Cheikh Hassan Ndiaye, Cheikh Abdourahman LO, le prince Latdior et son cousin Samba Laobé Fall ainsi que d’autres personnalités sur qui on ne trouve presque pas d’informations consignées dans un livre. Il s’y trouve aussi beaucoup d’histoires et d’anecdotes. L’histoire du tassawwuf (soufisme) et la méthode éducative de Cheikh A. Bamba y sont enfin bien traitées entre autres. 5. Son caractère référentiel : cet ouvrage est l’une des références fondamentales dans l’étude du Mouridisme, de son histoire et de sa doctrine compte tenu du fait que : o son auteur était un témoin oculaire de la plupart des événements relatés; o il a abordé son sujet sous l’angle du soufisme, son domaine de spécialité. En effet, par l’étude des ouvrages et des références fondamentales, par l’observation de la vie de son vénéré père et celle de ses grands disciples il maîtrisait la théorie et la pratique du soufisme ; o son père et guide Cheikh A. Bamba l’avait éduqué de la même manière qu’il avait éduqué ses grands disciples : ils avaient vécu longtemps ensemble et il lui était très proche, comme nous l’avons déjà souligné plus haut ; il était devenu à son tour un éducateur avéré qui prenait en charge la formation de nombreux fidèles ; o il avait écrit cet ouvrage au début de la naissance du Mouridisme aussitôt après le rappel à Dieu du Cheikh, son fondateur et avant la disparition de la première génération des grands disciples mourides. En somme, c’est un ouvrage qui mérite bien l’intérêt des chercheurs en terme d’étude, d’analyse, de commentaire, de publication, de diffusion et de traduction dans toutes les langues vivantes pour que son utilité soit élargie tout comme son caractère référentiel a été déjà établi. Paix et salut sur le prophète Mouhammad, sur ses compagnons, sur son serviteur et sur ceux qui les suivent! Par Serigne Afia NIANG
 

Cheikh Muhammad Mourtada M’backé .
Cheikh Muhammad Mourtada M’backé . Un homme au service de l’Islam Par SameBousso Abdourouhmann Il ne sera jamais effacé de la mémoire des musulmans en général et des sénégalais en particulier, l’image de Cheikh Muhammad Mourtada M’backé. Cet homme de Dieu et ce guide spirituel est le serviteur infatigable de l’Islam. Il inspirait la confiance et forçait l’admiration par sa silhouette et son sourire. Ses prières réconfortaient et soulageait. Cheikh Mourtada fait partie de ces personnalités multidimensionnelles. On peut tirer de sa vie des enseignements riches et des sources inépuisables. Nous essayerons très brièvement de montrer ici quelques aspects de la vie de cette grande figure de l’Islam. o Sa naissance et ses études Il naquit en 1921 à Darul- Alim al khabir, village non loin de Touba fondé par son vénéré père Cheikh Ahmadou Bamba. Sa mère Sokhna Fatimatou Diop, une descendante du célèbre martyre Massamba Marèm DIOP, était connue pour sa légendaire piété et sa maîtrise parfaite du Saint Coran. Dès son enfance Cheikh Mourtada fut confié à un maître coranique du nom de Serigne Makhtar Aly LO à Tindodi auprès de qui il passa quelques années avant de rejoindre la célèbre école coranique de Cheikh Abdourahùane Lo à Darul- Alim al khabir où il mémorisera parfaitement le Coran. C’est auprès de son grand frère Cheikh Mouhammad Moustapha qu’il entama ses études des sciences religieuses. Mais réalisant que ses études étaient menacées par les sollicitations très nombreuses des ses proches et fidèles il se décida de se rendre en Mauritanie dans des conditions extrêmement difficiles afin de poursuivre sa quête du savoir auprès d’ un érudit maure Cheihk Abo Madyana ancien disciple de son père. o Son œuvre sur le plan éducatif Muni d’une solide formation en matière de théologie, de jurisprudence, de la mystique musulmane etc…cheikh Mourtada s’engagea, dès son retour de Mauritanie, à l’instar des fils et premiers disciples du fondateur du mouridisme, dans la voie tracée par leur père et guide à savoir orienter et conduire les fidèles dans le droit chemin as-sirat al mustaqim par l’enseignement l’éducation spirituelle et le travail. Il créa ainsi de nombreux daara (centres d’éducation) dans les champs où les disciples étudiaient et travaillaient en même temps. Pour faciliter à tous l’accès à l’enseignement coranique il implanta aussi plusieurs écoles coraniques dans les principales villes du Sénégal : Dakar, Thiès, Louga, Kaolack, Touba, Backel, Fatick etc. En plus de l’éducation et de l’enseignement coranique traditionnel, Serigne Mourtada, grâce à sa clairvoyance, avait décidé depuis très longtemps de créer des instituts d’études islamiques modernes baptisés al-azhar. Depuis 1974 date de l’inauguration de l’institut de Darou Salam Ndam, ces écoles se sont très rapidement disséminées à travers le Sénégal et à l’étranger. Selon les statistiques de 2003/1004, l’établissement Islamique Al-Azhar compte 294 écoles où 34375 élèves poursuivent leurs études. Cheikh Mourtada peut être ainsi considéré parmi les pionniers de l’enseignement arabo-islamique dans sa version moderne au Sénégal. o Œuvres socio-économiques. Conscient des exigences de ce monde modernes et de l’importance capitale du travail pour tout individu voulant garder intactes sa liberté et sa dignité, - tel que l’avait enseigné son père le fondateur du Mouridisme - Cheikh Mourtada œuvrait constamment en vue d’assurer aux musulmans leur bien-être et leur épanouissement de la même manière qu’il s’occupait de leur instruction et de leur éducation spirituelle. A cet effet il faisait beaucoup d’investissements dans le domaine de transport de commerce d’agricultures etc. C’était un exemple éloquent de générosité, de désintéressement et d’altruisme que notre Cheikh donnait en érigeant tous ces biens en waqf « bien appartenant à toute la communauté » mis à la disposition d’un fondation appelé " Fondation Khadimou Rassoul". Cette structure à vocation internationale, créée par Cheikh Mourtada, s’est fixé comme objectifs, entre autres, la promotion de l’Islam, la lutte contre la pauvreté et contre l’ignorance pour favoriser le bien-être social des croyants musulmans. D’importants projets sont déjà réalisés ou élaborés dans le cadre de cette organisation. o Une vie au service de la propagation de l’Islam Jouissant d’une vision universelle de l’Islam, Cheikh Mourtada s’était toujours consacré à la propagation des valeurs de l’Islam et à son rayonnement culturel à travers le monde. Il ne ménageait jamais ses forces ni ses biens dans l’accomplissement de cette noble mission. C’est dans cette perspective qu’il effectuait inlassablement ses nombreux et pénibles voyages en Afrique, en Europe, et aux Etats-Unis d’Amérique en compagnie d’éminents oulémas et conférenciers. Ces visites constituaient pour les musulmans de la diaspora des moments privilégiés de communion et de recueillement ; elles occasionnaient aussi de nombreuses conversions à l’Islam. Il profitait de ces voyages qui rassemblaient les fidèles musulmans pour les exhorter à travailler en respectant scrupuleusement les préceptes de l’Islam. Il achetait et faisait construire dans ces pays des maisons baptisées "foyer de l’Islam" où ces fidèles peuvent se retrouver afin de se ressourcer et de recevoir un enseignement religieux de qualité. Ces maisons de l’Islam sont devenues par ce fait de véritables centres culturels islamiques dans plusieurs capitales européennes et américaines. Dans toute sa vie et toute ses réalisations, Cheikh Mourtada n’était animé que par le souci ardent d’œuvrer pour le renforcement et le rayonnement de l’Islam. Il mobilisait au tour de ce double objectif beaucoup de fidèles grâce à son charisme et ses qualités exceptionnelles de piété et de générosité. Il était un homme de Dieu qui transcendait par son envergure tous les clivages d’appartenance confrérique et autres pour devenir le guide incontesté et le rassembleur de tous les musulmans de bonne foi. Il cherchait pour tous le bonheur des deux mondes sa’adtou -t- daarayni. Que Dieu soit satisfait de lui! Amen ! Par SameBousso Abdou rahmann


 
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